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Dans ces deux assiettes se lit quelque chose de cette France de la fin du XIXe siècle qui découvre avec fascination un ailleurs encore mystérieux : le Japon.
La manufacture de Gien, fondée en 1821 sur les bords de la Loire, appartient à ces grandes faïenceries françaises qui ont su absorber les influences de leur époque pour les transformer en un langage décoratif qui leur est propre. Lorsque le japonisme bouleverse les arts européens dans la seconde moitié du XIXe siècle, les fleurs cessent d'être de sages ornements disposés avec symétrie. Elles envahissent la composition, les branches se courbent, les espaces se libèrent et le regard circule autrement.
Sur leur faïence aujourd'hui doucement ivoire, les végétaux sont dessinés dans un camaïeu de bleu particulièrement délicat. Aucune des deux compositions n'est identique. Sur l'une, les fleurs semblent surgir en bouquets successifs. Sur l'autre, une longue branche traverse librement l'assiette dans une composition beaucoup plus aérienne.
Elles appartiennent également à deux moments différents du repas. La première, d'environ 24 cm, correspond au format réservé à l'entrée. La seconde, légèrement plus grande avec ses 25 cm, est l'assiette destinée au plat. Cette différence de forme et de décor leur donne aujourd'hui beaucoup plus de charme qu'une paire parfaitement identique : elles sont les fragments retrouvés d'un véritable service de table ancien.
Au revers apparaît le beau cachet de la Faïencerie de Gien, portant les mentions Médailles d'Or et Diplôme d'Honneur, témoignage de la reconnaissance acquise par la manufacture au temps des grandes expositions. Le modèle est identifié IRIS.
Plus d'un siècle a naturellement laissé son empreinte. L'émail présente cette fine craquelure que l'on aime retrouver sur les faïences anciennes, avec quelques marques et petites égrenures visibles sur les photographies. Leur patine n'est pas celle d'une vaisselle sortie hier d'un carton.
Deux assiettes que l'on peut encore utiliser, collectionner ou simplement accrocher côte à côte. Deux compositions japonisantes de Gien devenues presque des tableaux de faïence.